Au mois d'avril 2009 dans Panorama


« Le levain de Dieu a relevé ma vie»

Bertrand Révillion a rencontré René Luc, prêtre

Novembre 1979 : le compagnon de sa mère, sorti de prison, se tire une balle en plein cœur devant le domicile familial. D’abord fasciné par cet homme fiché au « grand banditisme », le jeune René Luc a « la haine » lorsque celui-ci frappe sa mère. L’adolescent risque lui aussi de mal tourner. Jusqu’à ce soir de mars 1980 où, sans crier gare, le Christ débarque dans sa vie...

Il arrive de Gaillac, jolie citée du Tarn dont il a l’accent chantant. En franchissant la porte, il s’excuse presque d’être un peu en avance. À 43 ans, le Père René Luc affiche sans complexe, mais avec une vraie humilité, sa joie de vivre et sa foi contagieuse. Dix jours par mois, ce grand gaillard au visage d’acteur de cinéma quitte sa paroisse pour aller témoigner, sur les routes de France, de son parcours étonnant et imprévisible. « Pas pour me mettre en avant, mais pour tenter de montrer Celui qui est la source de ma vie ». Le récit de sa vie, « Dieu en plein cœur » , fait un tabac chez les jeunes ! La « petite musique » spirituelle de l’ancien bassiste du premier groupe français de « rock catho » sonne juste…

Bertrand Révillion : En mai 2007, vous êtes invité à témoigner, en Italie, au fort San Giacomo, dans la tristement célèbre prison de l’île d’Elbe. À la fin de la rencontre, un détenu s’approche et vous lance : « Toi, si tu n’avais pas rencontré le Christ, tu serais sans doute comme nous aujourd’hui, derrière les barreaux ! »
René Luc : Je répondais à l’invitation d’une jeune femme, croisée l’année précédente à Florence. Martina est professeur de religion dans cette prison. Là-bas, les détenus sont loin d’être des enfants de chœur ! Presque tous sont condamnés à perpétuité pour meurtre. En débarquant sur place, Martina m’a expliqué qu’elle avait organisé un chemin de croix avec certains prisonniers. Elle n’avait pas distribué les rôles au hasard : celui qui jouait Jésus s’appelait David, il avait tué trois personnes et en avait pour trente ans minimum derrières ces murs. À la fin du chemin de croix, au moment où Jésus rend son dernier souffle, après avoir proclamé le mot « Père » dans différentes langues, David fait soudain un geste non prévu dans le petit « scénario » : il s’allonge de tout son long, les bras en croix sur le sol, le front sur la pierre glacée. Stupeur de l’assistance. « Je voulais dire aux détenus que Jésus est vraiment mort pour nous, qu’il s’est donné à nous… » J’étais saisi. Ensuite, nous nous sommes parlé, David et moi. Je lui ai confié combien j’avais été profondément touché par son geste. Lui m’a dit combien le récit de ma vie l’avait aussi ému. Et c’est à ce moment-là qu’il m’a effectivement dit que si je n’avais pas rencontré Jésus, j’aurais sans doute pu, comme lui, mal tourner…

Qu’est-ce qui vous a touché dans ce geste ?
Sans le savoir, en s’allongeant ainsi sur le sol, face contre terre, cet assassin venait de refaire le geste même de la prostration lors d’une ordination. À cet instant précis, pendant que l’on chante la litanie des saints, le futur prêtre – ou diacre – s’allonge pour signifier qu’il se donne totalement au Christ. J’ai été bouleversé de revivre un moment si fort de ma vie dans ce contexte, avec un tel acteur. Ce n’était plus une mise en scène, David m’avait rejoint dans mon propre vécu.

Ce geste de la prostration, vous l’avez vous-même vécu dans la cathédrale de Nîmes.
C’était le 26 juin 1994. Cette ordination que j’avais tant désirée arrivait enfin. Je faisais enfin le grand saut, la grande « plongée », je faisais publiquement alliance avec le Christ. Les larmes m’ont envahi, mais c’était le signe d’un grand bonheur. Qui aurait dit, vingt-cinq ans plus tôt, que moi, l’enfant élevé par un gangster, l’adolescent aux pulsions parfois violentes, j’allais un jour devenir prêtre ?

C’est vrai que votre enfance ne semble pas devoir vous mener en droite ligne à l’Église !
Mon histoire familiale est un peu compliquée. Ma mère a eu deux enfants d’un premier mariage. Puis je suis né, en 1966, d’une relation furtive qu’elle a eue avec celui qui restera longtemps un inconnu pour moi. Puis, mes deux petites sœurs sont venues, de son amour pour un troisième homme qui… est parti, très vite, après la naissance de la petite dernière. Ma mère s’est donc retrouvée seule pour élever cinq enfants, à 27 ans, très démunie. Jusqu’à l’âge de 10 ans, j’ai donc vécu sans père, sans aucune figure paternelle.

Jusqu’au jour où un certain Martial débarque dans la vie de votre mère…
Oui. Il vient vivre à la maison. Le week-end, mes deux frères aînés repartent chez leur père, ce qui arrange Martial, pas très à l’aise avec eux. De même qu’il est gêné avec mes deux petites sœurs. Mais, entre nous deux, le courant passe. Il me prend sous sa coupe, m’emmène à la pêche. Une vraie complicité nous relie. Il m’offre un chien, un boxer, et un jour s’engage même à me reconnaître, à me donner son nom. Pour moi, c’est un vrai cadeau…

Mais…
Il y a effectivement un « mais ». Bien triste. Après une année de vie commune, nous avons du déménager car je rentrais au collège. Ma mère m’a alors recommandé avec beaucoup d’insistance de ne jamais parler de Martial à l’école, ni à mes professeurs, ni à mes amis. On ne doit pas savoir qu’il vit chez nous, car cet homme est en fait un gangster, il fait partie du milieu, le « grand banditisme ». Martial est contraint de se cacher, il sort peu, devient colérique, se met à boire… Puis, il devient violent : il frappe souvent ma mère. L’enfant que je suis encore vit un vrai drame intérieur : la seule figure paternelle que je me suis enfin trouvée et pour laquelle j’ai de l’amour est un salaud. Je me mets à ressentir de la haine pour cet homme qui fait tant de mal à ma mère. S’ouvre alors une seconde étape de notre vie avec lui, faite de douleur, de larmes et de coups. Il nous faut fuir, changer de domicile, mais il nous retrouve et la violence brise à nouveau notre fragile équilibre. Ensuite, il est arrêté, jugé, mis en prison. J’étais content que ça finisse, mais ma mère n’a pas voulu le laisser tomber et nous sommes donc aller le voir régulièrement en prison. À sa sortie, ma mère pense qu’il a changé.
Mais la violence reprend de plus belle.

Ce triste « feuilleton » s’arrête de façon dramatique un soir de novembre 1979.
Nous n’avions plus de nouvelle de Martial depuis plusieurs semaines. Un soir, il sonne à la porte. Ma mère descend lui parler. Mon frère et moi, nous observons depuis la fenêtre, fusil chargé en main. Ma mère remonte vers nous et tout à coup, nous entendons une violente détonation : mon « beau-père » s’est tiré une balle en plein cœur avec son revolver. Il meurt avant d’arriver à l’hôpital…

Là encore, vos sentiments sont partagés.
Souffrance de voir se suicider devant nos yeux un homme qui avait partagé notre vie et qui m’avait, au moins au début, pris sous son aile. Mais aussi, il faut bien l’avouer, sentiment de délivrance. À la morgue, devant son corps, je n’ai pas eu une seule larme.

S’ouvre alors pour vous une période « chaotique ».

Entrée difficile dans l’adolescence. Je fais les quatre cents coups, je flirte un peu avec la délinquance, sans jamais cependant commettre d’actes graves. Avec ma mère, la situation est très tendue. Une fois, je rentre à la maison après trois jours et trois nuits passées dehors. Ma mère, très inquiète, me demande où j’étais passé tout ce temps-là. J’ai explosé : « ça ne te regarde pas ! » et j’ai claqué la porte. Ma mère m’a rattrapé dans l’ascenseur. Je l’ai attrapée par le revers de la chemise et je lui ai dit : « Toi tu me fous la paix ou je t’explose ! » En une fraction de seconde, j’ai pris conscience qu’elle était tétanisée par la peur. C’est la première fois que l’adolescent que j’étais devenu prenait conscience de sa capacité à terroriser un adulte. Ce mauvais souvenir est définitivement gravé dans ma mémoire, alors que ma mère, comme toutes les mères, a presque tout oublié de ce mauvais incident.

Vous décidez alors de changer ?
Pas du tout ! Je continue à déconner avec ma bande de copains. Je traîne, je frime, je fais des bêtises. Je suis sans aucun doute sur une mauvaise pente.

Jusqu’à ce qu’on vous lance une bien curieuse invitation !
Ma mère a rencontré une dame qui lui a proposé de l’emmener à une conférence. Ma mère m’a proposé de les accompagner : « Tu vas entendre un ancien chef de gang new-yorkais », me dit-elle. Bien entendu, je fonce. Sans savoir que le Nicky Cruz en question, ex-caïd d’un gang portoricain de New York, avait vécu une conversion fulgurante et était devenu pasteur. Nous sommes le 19 mars 1980 et je ne sais pas encore que, ce soir-là, ma vie va soudain basculer devant la scène du Palais des sports de Montpellier.

Racontez-moi…Le « pedigree » de voyou de Nicky Cruz était impressionnant. Je bois littéralement ses paroles. Certains pans de sa vie font écho à ce que j’avais pu connaître avec Martial, le compagnon de ma mère. Une vie marginale, violente, hors la loi. Puis, Nicky nous a raconté comment il a accueilli le Christ dans sa vie et comment tout a changé pour lui…

Aviez-vous, à l’époque, une vague culture chrétienne ?
Non, mis à part quelques très vagues notions reçues lors de mes séjours chez ma marraine, j’avais vécu mon enfance très loin des églises. Je n’allais pas au catéchisme, je ne connaissais ni les rites ni les prières.

Que se passe-t-il, concrètement, au cours de cette soirée organisée par une mouvance du Renouveau charismatique ?
À la fin de sa conférence, Nicky Cruz fait ce à quoi, nous autres catholiques, ne sommes pas très habitués : il fait « l’appel ». Ce qui signifie, dans le vocabulaire du protestantisme pentecôtiste, qu’il propose à ceux qui le veulent de faire une démarche personnelle, de s’approcher. J’étais partagé entre la honte de me lever devant tout le monde et le désir d’y aller. J’ai jeté un regard à ma mère et son amie, je me suis assuré qu’elles ne me voyaient pas et j’ai franchi le pas. En bas, au pied du podium, je me suis mis à répéter les prières qu’on nous proposait. C’est la première fois de ma vie que je priais ! Je sentais que quelque chose de très fort était en train de me traverser. Moi, l’ado frimeur un peu mal dégrossi, je me suis mis à pleurer. Beaucoup plus tard, j’ai lu, dans la Bible, ce passage d’Ézéchiel : « Je changerai votre cœur de pierre en cœur de chair… » Ma « conversion » a débuté ce soir-là où, sans le savoir, j’ai reçu ce que les charismatiques appellent « le baptême dans l’Esprit ».

Cette fois, votre existence change…
Dans la voiture du retour, Marie-Do, la personne qui nous avait entraînés à cette soirée, nous demande si cela nous a plu. Maman n’est pas très enthousiaste. Mais moi, je lui dit : « Je veux tout connaître sur cet homme ! » « Sur le pasteur Niki Cruz ? » me demande Marie-Do. « Non, sur Jésus ! » Nicky avait bien réussi ce que tous les témoins désirent : que les auditeurs ne s’arrêtent pas au témoin lui-même, mais qu’ils se tournent vers Jésus, celui qui est annoncé ! Suivront des semaines et des mois à la fois passionnants et difficiles. Je veux aller à la messe, connaître le christianisme, rencontrer des chrétiens… Avec une infinie patience et sans jamais rien m’imposer, Marie-Do a su dompter mon fichu caractère et m’ouvrir progressivement à la foi. J’ai notamment découvert grâce à elle un groupe de prière où il y avait des jeunes qui chantaient en jouant de la guitare. Tout cela était totalement nouveau pour moi.

Quatre mois plus tard, vous allez à Lourdes…
Oui. Je découvre la ferveur des grands pélerinages. Je vois les visages des malades, des handicapés. Je découvre que la foi peut soigner les cœurs. Un soir, je reste longtemps en prière devant la grotte. Peu à peu, alors que la nuit s’avance, la foule se retire derrière moi, mais je ne m’en rends pas compte. Dans l’élan de ma prière, je parle au Seigneur et je lui dis : « Je te donne ma vie ! »

Songez-vous déjà à devenir prêtre ?
Non, je ne sais pas quelle forme prendra concrètement le don que je fais de mon existence à Dieu. Je sais seulement que j’accepte de me poser dans sa main.

Quelques années plus tard, vous apprendrez que, sans doute, votre « vrai » père ce trouvait ces jours-là dans la foule de Lourdes.
Le Seigneur sait nous faire parfois un petit clin d’œil. Flash back : j’avais appris par ma mère, à l’âge de 13 ans, que je n’avais pas le même père que mes petites sœurs. Un vrai choc ! Ma mère était en plein divorce d’avec son premier mari. Elle avait alors vécu une aventure passionnée avec un homme avec lequel elle avait finalement décidé de ne pas vivre. Il se débattait alors avec un problème d’alcool. Après leur séparation, ma mère avait découvert qu’elle était enceinte. Et malgré la pression de son entourage, elle avait décidé de ne pas avorter, aidée en cela par une famille d’accueil. Cette famille généreuse accepta d’accueillir maman, enceinte de moi, et avec ses deux fils ! Sans cette générosité, je n’aurais sans doute jamais vu le jour. Mon père « biologique », d’origine allemande, chercha à me retrouver alors que je devais avoir une quinzaine d’année. Ancien légionnaire, et bien que protestant, il avait entendu parlé de Lourdes où il alla mettre un cierge, non à la Vierge, mais à Bernadette. « Aide-moi à retrouver mon fils » lui dit-il. Quatre ans plus tard, il finit par me retrouver et me raconte son étape à Lourdes. Nous comparons les dates et découvrons que nous étions sans doute ensemble, au beau milieu de la foule.

Votre cheminement va se poursuivre avec, cette fois, l’idée qui germe : être prêtre.
Je traversais une phase un peu difficile. Un soir, dans mon groupe de prière, j’ai demandé la « prière des frères ». Comme cela se fait dans ce genre de groupe charismatique, un jeune a ouvert la Bible au hasard et il nous a lu la fin de l’évangile de Jean : « Pierre m’aimes-tu ? Oui, Seigneur, je t’aime. Tu feras paître mes brebis… » Un prêtre était parmi nous. À la fin de la prière, il m’a demandé : « René Luc, as-tu déjà songé au sacerdoce ? » Honnêtement, j’y avais un peu pensé, mais sans plus. Ce prêtre m’a dit que ce texte d’évangile était habituellement lu lors des ordinations. Peut-être y avait-il pour moi un nouveau signe du Seigneur. Et effectivement, être prêtre va progressivement devenir pour moi une évidence.

Rester célibataire aussi ?
A partir du moment où j’ai entendu l’appel à être prêtre, je suis resté célibataire. Mais cet appel au célibat a été bien éprouvé. Entre 18 et 21 ans, dans notre village, nous étions une bande de copains, garçons et filles, assez soudés. Parmi ces amis, il y avait une fille avec qui je m’entendais particulièrement bien. J’étais déjà séminariste et je ne pensais pas en être amoureux. À la faveur d’un changement de séminaire qui m’empêchait de revenir le week-end, je me suis aperçu, très étonné, que cette jeune femme me manquait terriblement. J’ai ressenti alors une douleur intérieure très forte. Il fallait que je fasse clairement, et le plus sereinement possible, un choix. J’ai porté plusieurs semaines cette question dans ma prière, mais avec le sentiment assez déstabilisant que Dieu était loin, qu’il ne me répondait pas. Et puis un jour, une petite voix est venue dans mon cœur, comme un SMS, avec cette question : « René Luc, dans quel cas aimeras-tu le plus ? » La réponse fut immédiatement évidente pour moi : c’est dans le sacerdoce que j’aimerai le plus largement. Attention ! Il ne faut pas en tirer de conclusion hâtive : je ne dis pas que le prêtre aime nécessairement plus que celui ou celle qui se marie. Je dis simplement que pour moi, dans mon histoire personnelle, c’était la réponse que je devais donner.

Un chemin qui nécessite un « renoncement » ?
Je ne parlerai pas de « renoncement ». On ne devient pas prêtre par goût un peu morbide du « sacrifice ». Je parlerais plutôt de confirmation tranquille. Vous savez, à certaines périodes de la vie d’un couple, il peut aussi y avoir une hésitation, une attirance pour quelqu’un d’autre. Il faut alors se « re-choisir » mutuellement. C’est un peu la même chose dans une vocation consacrée. Je crois qu’elle se travaille un peu comme une icône, par couches successives. Sans doute fallait-il que je sache, dans le secret de mon cœur, que j’étais capable d’aimer une femme et de me laisser aimer par elle, pour vraiment choisir, en conscience, une autre voie, également féconde.

Une vie donnée autrement…
Au moment de la consécration, lors de ma première messe, juste après mon ordination, j’ai dit les paroles du Christ : « Ceci est mon corps livré pour vous… » Je parlais bien entendu du corps de Jésus, mais je crois que ces paroles étaient aussi un peu les miennes. Le prêtre, c’est quelqu’un qui se livre, qui se donne. Il y a, dans le ministère sacerdotal, une dimension d’oblation, d’union à son peuple. Mais attention, il faut savoir se donner sans se faire bouffer ! Garder du temps pour soi, avoir des loisirs, comme tout le monde.

Pour vous, c’est le foot !
Le rugby aussi, le sport en général. J’aime également la musique, je joue de la guitare.

Est-il vrai que vous avez fondé le premier groupe français de rock chrétien ?
Avec des copains, en 1984, nous avons fondé le groupe « Totus Tuus », reprenant la devise de Jean-Paul II, et avant lui d’un saint français, Louis-Marie Grignon de Montfort. « Tout à toi » : beau programme. J’étais bassiste dans le groupe. Nous nous sommes produits un peu partout jusqu’à notre dernière prestation en octobre 1986, mémorable, au stade Gerland, à Lyon, en présence du Pape Jean-Paul II. Quel souvenir, quelle ambiance ! Le lendemain, je quittais  "Totus Tuus" pour entrer au séminaire…

Comment le jeune prêtre que vous êtes, très sollicité, veille-t-il à son équilibre de vie ?
Je tâtonne, comme tout le monde. J’essaie de mettre du « désert » dans une existence effectivement plutôt remplie. Chaque jour, chaque mois, chaque année, je prends un temps de désert pour Dieu, de gratuité, de silence, de mise à l’écart. Ma journée commence par une heure d’adoration. Chaque mois, j’essaye de me retirer un ou deux jours dans un monastère ou un ermitage. Et chaque année, je prends dix jours dans un ermitage de grande solitude et de grand silence. J’ai besoin de vivre ce temps de mise à l’écart. Ce temps d’ermitage n’est pas vraiment un temps de vacances. Plutôt de combat. Mais je m’y tiens. J’ai besoin de donner du temps à l’oraison, ce mystérieux cœur à cœur avec le Christ. Sans ces respirations quotidiennes, mensuelles et annuelles, j’étoufferais très vite dans ma vie d’homme et de prêtre .

Qu’est-ce qu’un prêtre ?
Je dirais, en reprenant une idée chère au Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus : le prêtre doit être un homme mû par l’Esprit. J’ai conscience d’être bien loin de cet idéal, mais c’est ce vers quoi je marche : j’essaye de me laisser mouvoir par l’Esprit chaque jour pour vivre ma vocation.

Où allez-vous vivre Pâques ?
Dans ma paroisse de Gaillac, bien sûr, avec les autres prêtres et toute la communauté paroissiale ! Si je pars quelques jours chaque mois sur les routes pour témoigner de ma conversion, notamment auprès des jeunes, je sais que mon port d’attache, le lieu de mon enracinement, c’est ma paroisse. Lorsqu’on donne ainsi des conférences un peu partout, il y a un risque de ne plus faire que de la théorie déconnectée de la réalité. Comme un boulanger qui ferait des conférences sur le pain mais qui ne met plus les mains dans la pâte. Je ne sais pas si je suis un « bon boulanger », mais j’aime la pâte humaine où le levain de Dieu attend que nous l’aidions à faire lever la vie. Pâques vient comme un printemps sur nos hivers. C’est le moment de se redresser, de laisser la sève du Seigneur, sa formidable puissance de vie, monter en nous. Oui, Il est vivant. Il est là ! Il nous prend dans sa main. Même les vies les plus blessées et cabossées, Dieu les ressuscite !

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