Le 28 aout 2008 dans la Vie

Interview de Ariane Rollier paru dans Les essentiels, le cahier spirituel à détacher
« Le Seigneur appelle aussi des bras cassés »Si Dieu ne m’avait pas touché en plein coeur à l’adolescence, j’aurais sûrement fini dans le grand banditisme. Au moment de ma conversion, je commençais à prendre le chemin de la délinquance. Il faut dire que ma première figure paternelle, Martial, faisait partie du « milieu ». Lorsque j’avais 10 ans, ma mère tomba amoureuse de lui. Cet homme est venu vivre à la maison, chose toute nouvelle pour moi qui n’avait pas connu de père. Au début de leur relation, Martial me prit sous son aile. Il me proposa même de me donner son nom, ce qui me toucha profondément tant je souffrais de ne pas avoir été reconnu par mon père. Mais bientôt il devint violent, s’en prenant physiquement à ma mère, lui plantant un jour un couteau dans le ventre, lui brisant les côtes une autre fois... J’avais de la haine envers cet homme, mais, en même temps, je ne pouvais m’empêcher de l’admirer secrètement.

Après son suicide par balle sous nos yeux lorsque j’avais 13 ans, je devins plus irascible. Je causais beaucoup de soucis à ma mère, qui me voyait déjà prendre la pente de celui qui lui avait fait tant de mal. C’est pourquoi, lorsqu’une amie proposa à ma mère de nous emmener écouter le témoignage d’un ex-caïd d’un gang new yorkais devenu pasteur protestant, elle pensa à moi. Je fus évidemment emballé à l’idée d’entendre un chef de bande parler. C’est là que, contre toute attente, ma vie bascula. Les propos de Nicky Cruz me touchèrent profondément. Lorsqu’il nous proposa de nous laisser à notre tour rejoindre par le Christ, je descendis sans hésiter dans le stade pour prier à ses côtés. Je fis alors l’expérience de Dieu pour la première fois. Moi qui, adolescent, étais resté de marbre devant le cadavre de mon beau-père, je sentis tout à coup les larmes me monter aux yeux.

À partir de là, ma vie prit un autre cours. De caractère entier, je me passionnai pur tout ce qui touchait à la foi. Petit à petit, je m’éloignai de mes anciennes fréquentations, notamment des copines avec lesquelles j’avais l’habitude de sortir. Mes relations avec ma mère s’améliorèrent peu à peu... Quelques mois après ma conversion, en juin 1980, j’allai à Lourdes et, devant la grotte, consacrai ma vie à Dieu. Ce n’est que cinq ans plus tard que j’appris en rencontrant mon père pour la première fois qu’il s’était rendu à Lourdes à la même époque et qu’il y avait fait voeu de me retrouver. Après un parcours un peu chaotique, il était sorti de l’alcoolisme grâce à l’amour de sa femme, Siegrid, qui l’avait convaincu d’aller à ma recherche.

Lorsque je donnai ma vie au Christ, à l’âge de 14 ans, je n’imaginais pas un jour devenir prêtre. Je me sentais de toute façon trop « bras cassé » pour en être capable. Ce n’est qu’un
peu plus tard, lorsque je demandai à ce que l’on prie pour moi, car j’avais beaucoup de mal avec la chasteté, qu’une personne qui m’accompagnait m’en suggéra l’idée. Cet appel résonna en moi. Il mûrit dans le temps, fortifié par les différentes épreuves que je sus traverser.

Aujourd’hui, lorsque je témoigne auprès des jeunes, ils réagissent souvent en me disant que j’ai de la chance d’avoir eu cette forte expérience de Dieu. Je leur réponds qu’il ne faut pas idéaliser ce que j’ai vécu. Personnellement, j’envierais plutôt ceux qui ont la chance de connaître la foi très jeunes. Quand on a eu une enfance difficile comme la mienne, il faut des années pour que notre cœur de pierre redevienne un cœur de chair.

Lorsque j’ai écrit mon livre, je pensais être complètement réconcilié avec mon passé. Or j’ai eu une émotion très forte au moment où je me suis mis à raconter une scène de dispute violente entre Martial et ma mère qui a occasionné le départ de mes frères. J’ai ainsi pris conscience que tout ce que j’avais vécu n’était pas encore surmonté.

Même s’il me reste encore du chemin à parcourir, ce que je souhaite faire en témoignant, c’est avant tout aider les gens à croire que rien n’est jamais fichu dans la vie, même lorsque c’est mal parti. Le Seigneur appelle aussi des bras cassés comme je l’ai été. Dieu agit vraiment. Il n’est pas une simple idée, une énergie cosmique, mais une personne qui veut entrer en relation et en dialogue avec nous, qui que nous soyons et là où nous en sommes. Je suis convaincu qu’il peut vraiment changer nos vies si nous l’accueillons en plein cœur. . .

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