Le 1 er septembre 2008 dans Il est vivant

Propos recueillis par Claire Villemain


Rencontre avec le père René-Luc : « Ne vous découragez pas d’évangéliser ! »

A 14 ans, René-Luc est un gamin qui a grandit trop vite. Bouleversé par le suicide de son beau-père, un gars du Milieu, qui se suicide devant lui d’une balle dans la poitrine, il s’apprête à glisser lui-aussi dans la délinquance. C’était sans compter sur Dieu, qui lui aussi, peut toucher en plein cœur.



Le titre de votre livre, « Dieu en plein cœur », est l’expression d’une conversion ‘choc’ ! Comment avez-vous rencontré le Christ ?
C’est alors que je suis un adolescent plutôt révolté, en crise, pas très contrôlable, que ma mère entend parler d’un homme, Nicky Cruz, pasteur protestant et ancien chef de gang. Il venait d’écrire le récit de sa conversion « La croix et le poignard », et venait de New York au Palais de Sports de Montpellier pour témoigner. C’était le 19 mars 1981. Je suis allé avec ma mère, plus attiré par l’aspect « gang » que converti ! Mais il se trouve qu’il a plus parlé de sa rencontre avec le Christ que de la vie de malfrat. Et je me suis senti attiré. Physiquement… Je suis descendu pour me retrouver juste devant lui, au pied de l’estrade. Ma vie a basculé. J’ai donné ma vie à Dieu, j’ai vécu ma première effusion de l’Esprit Saint. Les larmes me sont montées alors que j’étais un garçon assez dur…

Quels ont été les fruits de cette effusion de l’Esprit-Saint ?
D’abord, j’ai voulu poursuivre cette rencontre, en suivant un groupe de prière charismatique à Tarascon. Ensuite, j’ai commencé à témoigner, encouragé par le père Daniel-Ange qui, en 1981, m’emmène avec lui dans sa toute première mission, à Megève. J’ai ensuite témoigné à Paray-le-Monial, et dans beaucoup de collèges et de lycées.

Parlez-nous de l’aventure de « Totus Tuus », un des premiers groupes de rock cathos…
En 1984 - j’avais alors 17 ans – nous fondons, avec 5 amis, le groupe « Totus Tuus ». Nous choisissons par ce nom de rendre hommage au pape Jean-Paul II dont c’est la devise. Ce fut une expérience très forte, notamment lors d’un concert à Ars, où à la fin du concert, je donne tout mon témoignage et nous invitons les jeunes à monter sur le podium pour faire l’expérience d’une rencontre avec le Christ. Mon dernier concert est lui-aussi assez mémorable. C’était en 1986, au stade Gerland, et nous jouons devant 60.000 jeunes ? Le concert est retransmis par TF1… En fait, les jeunes ne sont pas là pour nous… mais pour Jean-Paul II ! C’est un souvenir inoubliable. Et le lendemain de ce concert, j’ai posé ma basse, et je suis rentré au séminaire.

Comment est survenu votre appel au sacerdoce ?
J’ai reçu cet appel assez jeune, peu de temps après ma conversion. Adolescent, je vivais des problèmes au niveau de la chasteté. J’avais donc demandé la prière des frères pour m’aider dans ce combat. C’est à ce moment-là que quelqu’un du groupe de prière a reçu cette parole de l’évangile de Jean : « Pierre m’aimes-tu ? ». A la fin de la prière, un prêtre est venu vers moi et m’a demandé « René-Luc, as-tu déjà pensé au sacerdoce ? ». A vrai dire, je n’avais pas vraiment envisagé la chose, vu mon passé un peu difficile. Ce prêtre n’a fait qu’ouvrir une fenêtre, il ne m’a pas forcé la main.

L’appel des jeunes à la prêtrise : c’est un des messages forts de votre livre. Les droits d'auteur sont d’ailleurs reversés intégralement pour la formation des séminaristes…En effet, l’un des deux messages que je voudrais transmettre à mes lecteurs concerne le sacerdoce. Le Seigneur peut appeler même des bras cassés. Beaucoup de jeunes sont appelés mais ont peur de répondre parce qu’ils pensent qu’il faut avoir de bonnes bases humaines, très forts dans la foi, très lisses quoi… Mais le Seigneur appelle plus largement ! L’autre message, c’est qu’aucune vie n’est foutue, même lorsque c’est très mal parti.

Là encore, vous parlez d’expérience ?
Oui, il faut savoir que ma vie était mal partie. On avait même conseillé à ma mère d’avorter, tellement la situation était compliquée. En effet, est était enceinte de moi, alors que son divorce n’est pas encore prononcé, et qui plus est d’un homme allemand, alors qu’elle est fille et petite-fille de militaires ayant servi à la guerre ! Tout était rassemblé pour qu’elle avorte. Pour moi, c’est un message pour la vie !

Quelles sont les rencontres qui vous ont marqué et ont jalonné votre itinéraire ?
Il est une rencontre que je garde précieusement, c’est celle avec Marthe Robin. A la fin d’une mission à Megève, nous apprenons la mort de Marthe. Nous sommes allés nous recueillir devant son corps. Je ne savais pas ce qu’était une stigmatisée. J’ai été très impressionné de voir cette petite dame sur son lit de mort, paisible et à la fois marquée par la couronne d’épines. Peu de temps après, j’ai reçu l’appel au sacerdoce et j’ai beaucoup lu sur Marthe. J’ai découvert son amour pour les prêtres. Je suis alors régulièrement revenu dans cette petite chambre. J’ai tout confié à Marthe, mes doutes et mes difficultés dans mon cheminement au sacerdoce.
J’ai été aussi très marqué par Jean-Paul II, comme toute notre génération. A l’âge de 16 ans, sur la place Saint-Pierre (j’étais parti en stop à Rome), le pape est passé à un mètre de moi, et j’ai crié : « Très Saint-Père, priez pour les jeunes qui ont une vocation sacerdotale ! ». Il m’a regardé, et m’a béni. Cela m’a bouleversé. Je l’ai revu ensuite, lorsque je faisais mes études en théologie à Rome, à l’Angelicum. Je m’étais inscrit pour chanter pour la Semaine Sainte, même si je suis plus à l’aise avec le blues qu’avec le grégorien ! J’ai demandé au Pape : « Bénissez-moi parce que je vais être ordonné diacre. » Ce qu’il a fait. J’ai été frappé de voir le lien entre ces deux rencontres, à des étapes si décisives de ma vie.

Et puis il y a eu l’école d’évangélisation Jeunesse Lumière …
En 2001, le père Daniel-Ange m’a demandé pour l’organisation des missions des jeunes de l’école, ce que j’ai fait pendant sept ans. J’ai expérimenté la joie de voir combien les meilleurs apôtres des jeunes sont les jeunes eux-mêmes. Il faut que les jeunes prennent conscience de leur responsabilité, de l’appel qu’il y a sur eux ! Ils verront combien lorsque l’on missionne, on expérimente l’assistance du Saint-Esprit. Je souhaite profondément que les écoles d’évangélisation se développent, et pourquoi pas dans le cadre diocésain.

Vous collaborez à Oméga TV, pouvez-vous nous en dire deux mots ?
J’ai eu à cœur de soutenir Richard Boutry (ancien journaliste sur la chaîne KTO, NDLR) dans son initiative, par amitié, mais aussi parce que son projet m’a plu. J’y participe dans des petites émissions spontanées sur des questions de foi : il me pose les questions sans que j’y sois préparé, et je dois y répondre en deux ou trois minutes… Un véritable challenge !

Qu’auriez-vous à dire à nos lecteurs désireux d’évangéliser ?
La phrase n’est pas de moi mais je dirais qu’« un chrétien qui témoigne est un crucifié, un chrétien qui ne témoigne pas, il est déjà mort » Alors ne vous découragez pas d’évangéliser ! Et ce, particulièrement sur le terrain de la paroisse, porteur d’une structure et où l’on peut faire un vrai travail de profondeur.

Aucun commentaire: