Le 5 juillet 2008 dans Famille Chrétienne


Prêtre ou voyou
Article écrit par Luc Adrian

Né de père inconnu, élevé par un truand, René-Luc rencontre le Christ à l’adolescence et choisit une autre voie que la délinquance : il sera prêtre. Aujourd’hui, à 42 ans, son ministère de prédication connaît un fort retentissement. Quelques semaines avant de participer au festival d’évangélisation Anuncio, il publie un témoignage plein de fougue et de foi .
Une flaque rouge sur le trottoir. Une tâche de sang séché qu’un adolescent frotte en vain sur le bitume ; un drame qu’il ne pourra jamais effacer de sa mémoire. René-Luc a 13 ans lorsqu’un soir de novembre 1979, son beau-père – le «troisième homme» de sa mère, un truand – se tire une balle en plein cœur sous ses yeux.
Cette violence faillit le détruire. Mystérieusement, elle va le conduire à Dieu. C’est ce qu’il raconte, d’une voix ensoleillée par l’accent de sa Camargue natale, dans son studio de l’école d’évangélisation Jeunesse Lumière, sur les hauteurs du village de Pratlong (Tarn). On y accoste au sortir d’une route de montagne qui se déroule parmi les pins noirs, aussi tortueuse que l’existence de ce jeune quadragénaire qui pourrait être en prison s’il n’avait été converti… par un autre truand.
René-Luc, 42 ans, a une gueule d’acteur, le nez grec légèrement cabossé, la mèche dorée, les yeux bleu jean délavé. Il porte le clergy noir comme James Dean le blouson ou James Bond le smoking : telle une seconde peau.
Séducteur pour le Seigneur ? Rien ne le prédisposait à devenir prêtre. Après le suicide de son beau-père, l’ado rebelle, né de père inconnu, prend le chemin de la délinquance. Une amie de sa mère l’entraîne écouter Nicky Cruz, ex-caïd d’un gang de New York. Celui-ci témoigne de sa conversion au Christ. À sa suite, René-Luc choisit de changer de vie et de se donner à lui. Il découvre le Renouveau charismatique, parcourt le Liban en guerre à la rencontre des chrétiens, témoigne auprès de milliers de jeunes dans les écoles et les paroisses, fonde Totus Tuus, un des premiers groupes de rock catholique en France, devient un fils spirituel de Jean-Paul II… Jusqu’au sacerdoce en 1994.
Puis, ce sont les retrouvailles avec son père. Son vrai père. «C’est étrange : enfant, je ne ressemblais pas à mes quatre frères et sœurs mais je ne me posais pas trop de questions, confie-t-il. Jusqu’au jour où, à 13 ans, ma mère me révèle que je suis le fruit d’un amour de passage qu’elle a eu avec Günter, un légionnaire d’origine allemande. Cela expliquait enfin pourquoi j’étais le seul blondinet de la famille…»
Un faux père inconnu, un beau-père suicidé, un vrai père retrouvé mais disparu : c’est la défaite des pères. Où est Günter ? La Quête du père prodigue pourrait être le titre du film de la vie de René-Luc. Quant au titre du témoignage qu’il vient de publier, Dieu en plein cœur , il est inspiré du souvenir dramatique de cette «balle en plein cœur» qui traversa son adolescence et ouvrit son âme à la grâce.
Ce passionné de foot enchaîne les anecdotes comme des tirs au but, tout en bouclant ses cartons «avec un pincement de cœur». Il a épaulé Daniel-Ange à Jeunesse Lumière durant sept ans, après avoir été l’un des premiers témoins de l’école. Aujourd’hui, ce compagnonnage missionnaire s’achève. En septembre, il deviendra vicaire à Gaillac (Tarn), dans une équipe de quatre prêtres au service d’une ville de 20 000 habitants. Il consacrera un tiers-temps à la prédication, principalement auprès des jeunes (interventions dans des lycées, retraites diocésaines, week-end «Jeunesse 2000»…). En attendant sa rentrée paroissiale, il sera en août l’un des témoins du festival Anuncio.
On peut lui souhaiter une bonne fête, à minuit, chaque 18 octobre : on fera coup double en célébrant la saint Luc et la saint René, ses deux patrons – le prénom de sa marraine, le prénom de son parrain. Clin-Dieu sur une destinée ? René signifie «né de nouveau» ; Luc vient du latin lux, «lumière». Aujourd’hui, un seul désir l’anime : «Puisse mon témoignage de “re-né à la lumière” aider d’autres personnes à renaître».
Photos : Jean-Luc Mège

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