Le 12 juin 2008 dans L'Echo du Tarn



« Dieu peut aussi appeler les bras cassés »
Propos recueillis par Antoine Pasquier

Un « bras cassé » à gueule d’ange, ce René-Luc. Petit, avec sa tignasse blonde, son nez grec et ses yeux couleur Méditerranée, on lui aurait donné le Bon Dieu sans confession. Mais de Dieu, ce gamin de Camargue, alors âgé de 4 ans, né de « père inconnu », ne sait rien - hormis les quelques Ave Maria fredonnés sur le chemin de l’école en compagnie de sa mère et de ses frères et sœurs - lorsque les premiers problèmes frappent à la porte du domicile familial. « À cette époque, je n’ai rien contre Dieu, mais je ne le connais pas », écrit, dans un livre qui vient de paraître , celui qui, 40 ans après, revêt les habits de prêtre.
Son enfance, ponctuée de périodes de disette, de placements en foyer, de bagarres entre bandes rivales et de petite délinquance, restera indélébilement marquée par l’empreinte de son beau-père, Martial, un gars du Milieu, flingue à portée de main. Un père de substitution recherché par la police. Dès lors, « je quitte le monde de l’innocence et des enfants et je bascule d’un seul coup dans celui des adultes ». Un monde dans lequel René-Luc entre de plain-pied un soir de novembre 1979 lorsque Martial se suicide d’une balle en plein cœur devant ses yeux. C’est sur les ruines de ses dix premières années de vie que René-Luc renaîtra à la lumière. La veille du printemps 1980, le récit de Nicky Cruz, un ex-caïd d’un gang portoricain de New-York devenu pasteur, le prend aux tripes. Il vit alors sa première effusion du Saint-Esprit, et posera ses pas dans ceux du Christ.
Avant d’être ordonné prêtre le 26 juin 1994 - lui qui voulait devenir Président de la République, berger et même avocat - René-Luc ne manquera pas de vivre quelques aventures pittoresques : son premier témoignage à 16 ans en compagnie de Daniel-Ange, le Liban sous les bombes en 1983, la fondation du groupe de rock Totus Tuus, les poteaux de foot de Rennes et de République Centrafrique, les douces mains de Mère Teresa et ses fausses notes devant Jean-Paul II…
« C’est de Lui que je voudrais vous parler »Après avoir refusé à plusieurs reprises de raconter sa vie par écrit, « par discrétion pour ma famille », le père René-Luc, 42 ans, a finalement accepté, il y a deux ans, sur les conseils d’un ami journaliste, et après en avoir avisé son père spirituel. « Il m’a encouragé à l’écrire, mais seulement pour lui au départ ». Deux années, par tranches de dix jours tous les deux ou trois mois, et quatre versions seront nécessaires à la rédaction des 220 pages autobiographiques définitives. « Comme promis, je l’ai d’abord fait lire à mon père spirituel, puis à mon évêque et à ma famille », raconte-t-il. « Tous y ont vu une bonne initiative. Mgr Carré a même corrigé les fautes ».
Si le prêtre a finalement accepté de dévoiler son intimité au grand public, ce n’est pas pour étaler ses petits malheurs, « ni pour donner des leçons ». Avec les années, le père René-Luc a su prendre du recul et revivre sereinement le fil de son histoire pour en discerner les germes à semer. « Rien n’est jamais foutu, même quand tout est mal parti », répète-t-il inlassablement. « Avec l’intervention de Dieu, un changement peut toujours s’opérer ». Un message d’espérance que le père René-Luc veut offrir à tous ceux qui sont éloignés de la foi, à l’image « de ce jeune rugbyman et de sa copine avec qui j’ai eu de nombreuses discussions ».
Histoire d’une rencontre - « j’étais loin de Lui. Et c’est maintenant de Lui que je voudrais vous parler » - « Dieu en plein cœur » se veut aussi un fervent plaidoyer, vécu et incarné, en faveur du sacerdoce (les droits d’auteur sont reversés pour la formation des séminaristes, ndlr). Avec beaucoup d’humour, l’auteur confirme que « Jésus peut appeler au sacerdoce les bras cassés ». Et si encore beaucoup trop de jeunes « ne veulent pas répondre à l’appel du Seigneur, car ils ont peur de leur fragilité », le père René-Luc leur suggère de méditer cette phrase : « Dieu n’appelle pas les meilleurs. Il nous demande de donner le meilleur de nous-même ».
S'agissant de ses projets littéraires, le prêtre n'a aucune envie d'écrire un second ouvrage, du moins pas avant plusieurs années. "Et encore, ce sera de nouveau un témoignage, peut-être une sorte de compilation de clins-Dieu".
Retrouvez Antoine Pasquier sur son Blog : Just catho

1 commentaire:

Anonyme a dit…

tres intiresno, merci