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En février 2010 dans le Tarn Libre

En octobre 2014 dans France Catholique

Entretien avec le Père René-Luc 
 Bestseller pour la mission

Né de père inconnu, élevé dans le milieu du grand banditisme, René-Luc rencontre le Christ à l'adolescence et il choisit une nouvelle voie : la prêtrise. Le père René-Luc exerce actuellement son ministère dans la paroisse étudiante Sainte-Bernadette de Montpellier et à l’école de mission diocésaine CapMissio. Il poursuit son ministère de prédication partout en France et à l’étranger, plus particulièrement auprès des jeunes. En 2008, il publié le récit de sa vie, Dieu en plein coeur, qui témoigne avec verve d'une authentique aventure spirituelle. Son éditeur, les Presses de la Renaissance  annonce déjà 40 000 exemplaires vendus, ce qui le fait entrer dans la cour des "best sellers" justifiant une nouvelle édition de poche, revue et augmentée, qui paraît ces jours-ci au prix de 9,90 €.

Comment vous est venu l’idée d’écrire ce livre ?
L’idée d’écrire un livre sur mon histoire est venue de Luc Adrian, un journaliste de Famille chrétienne. Je l’avais connu à l’occasion des JMJ de Denver en 1993. Nous étions assis l’un à côté de l’autre dans l’avion et en bon journaliste, il m’avait demandé de lui raconter ma conversion. Quelques années plus tard, en 2006, il est venu interviewer le Père Daniel-Ange, fondateur de l’école d’Evangélisation Internationale Jeunesse Lumière. J’exerçais mon ministère dans cette école à cette époque, quand Luc m’a revu, il m’a dit que je devrais écrire un livre sur ma conversion.

Pourquoi n’aviez-vous pas publié votre témoignage plus tôt ?
On m’avait souvent demandé de publier mon histoire, mais j’avais toujours refusé. Elle concerne trop les membres de ma famille, ma mère en particulier. Nous avions une sorte de contrat moral : je peux témoigner oralement, mais pas faire de publications ! C’est vrai que dans les premières années de ma conversion, je témoignais beaucoup. Mais ensuite, comme séminariste puis prêtre, je ne le faisais plus que rarement, le plus important étant de parler de Jésus, de commenter sa Parole plutôt que de parler de soi. Et puis, ce n’est pas anodin d’étaler sa vie devant tout le monde, et de prendre le risque d’être mis en avant dans les médias.
Mais bizarrement, cette demande de Luc m’a travaillée. Si Nicky Cruz n’avait pas écrit son livre, s’il n’avait pas pris son bâton de pèlerin pour parcourir le monde en témoignant de sa conversion, je ne serai certainement pas prêtre aujourd’hui ! Peut-être Jésus me demandait de rendre aujourd’hui ce que j’avais reçu ? Je m’en suis ouvert à mon père spirituel, Mgr Jean Chabbert. Et à mon grand étonnement, il m’a demandé décrire ce livre pour lui seul, et de n’en parler à personne.

Vous n’en avez même pas parlé à votre famille ?
Au début non ! Obéissant à mon père spirituel, je me suis mis  à l’ouvrage, et lorsque père Jean a lu le manuscrit, il m’a dit que ce témoignage pourrait aider beaucoup de personnes jeunes et moins jeunes. Il a ressenti que j’étais paisible avec mon histoire, que je n’avais pas de comptes à régler avec mon passé et que je n’écrivais pas pour me raconter, mais pour mettre en évidence l’action de Dieu dans ma vie. Il m’a donc encouragé à le publier.
Avant de contacter un éditeur, j’ai envoyé le manuscrit à mon évêque, Mgr Carré. Il me l’a renvoyé en ayant corrigé toutes les fautes d’orthographe ! C’était sa manière à lui de me donner son imprimatur. Je l’ai ensuite envoyé à ma mère, mon père, et mes frères et sœurs en leur expliquant comment est né ce projet et en leur précisant  que si un seul d’entre eux était gêné par ce projet, je ne le publierai pas ! Le plus important, c’est la paix et l’unité de notre famille. Ils m’ont tous donné leur accord. Je n’ai eu que cinq lignes à retirer sur l’ensemble du manuscrit.

Vous n’avez pas eu peur du coté « vedettariat » ?
Si, bien sur. Quand on est prêtre, il faut se méfier particulièrement des pièges de la médiatisation. Mais d’un autre coté, si le ministère est discerné par nos supérieurs, on doit se réjouir si la prédication ou le témoignage touche un plus grand nombre. L’équilibre est toujours difficile à tenir, il faut faire une relecture permanente et s’entourer de personnes priantes. Personnellement, j’ai demandé aux carmélites de bien vouloir porter mon nouveau « ministère public » dans leurs prière. Lorsque le livre est sorti en juin 2008, j’en ai acheté quatre-vingts exemplaires avec mon salaire de prêtre pour les envoyer à tous les carmels de France. J’y ai joins un petit mot : « Pour un prêtre, “vanité” et “mise en avant” sonnent faux. Mais être “témoin” sonne juste si cela correspond bien à la volonté de Dieu. Aussi, je vous demande de prier pour que ce livre porte ses fruits, et que je reste un simple témoin. »
Depuis, partout où je vais témoigner, en France et dans de nombreux pays du monde, je demande systématiquement aux organiseurs d’envoyer le programme détaillé de mon intervention au carmel le plus proche. Les sœurs contemplatives sont comme Moïse en haut du mont Sinaï : tant qu’il gardait les bras levés, le peuple d’Israël gagnait la bataille contre ses ennemis. Dès qu’il baissait les bras, le peuple d’Israël était en difficulté. Je suis convaincu que tant que nos sœurs contemplatives continueront de nous porter dans leurs prières, elles nous obtiendront les grâces et les protections nécessaires pour mener à bien tous nos apostolats.

Comment expliquez vous le succès de ce livre ?
J’ose espérer avant toute chose que ce livre n’est pas qu’une aventure humaine mais au service de la mission dans l’Eglise. En ce sens j’ose croire que le Saint Esprit a mis son grain de sel dans cette aventure, et si le Saint Esprit s’en mêle… Je suis particulièrement heureux lorsque j’apprend que quelqu’un qui n’est ni croyant, ni pratiquant, l’a lu et a été touché par ce récit. Des amis rugbyman qui ne lisent que le journal l’Equipe n’ont lu qu’un seul livre dans toute leur vie, et c’est le mien, j’avoue que ça me fait chaud au cœur. 

Qu’est ce qu’il y a de nouveau dans la nouvelle édition ?
 Pour la nouvelle édition, nous avons souhaité rejoindre justement le public plus lointain de l’Eglise. Avec le sous titre : « né de père inconnu, élevé par un gangster », avec un format de poche et un prix à moins de 10€,  façon roman de gare,  nous espérons que ce témoignage rejoindra un plus grand nombre de personnes. J’ai rajouté un chapitre « Epilogue » qui raconte ce qui s’est passé entre la sortie du livre en 2008 et mon arrivée dans le diocèse de Montpellier pour y fonder l’école de Mission diocésaine de Montpellier CapMissio.

Pourquoi avez-vous choisi de reverser vos droits d’auteur aux séminaristes ?
Je voulais tout d’abord signifier au lecteur le côté désintéressé de ma démarche. Ensuite, si j’ai choisi de reverser les droits d’auteurs en particulier aux séminaristes, c’est parce que je souhaite à mon petit niveau les encourager autant que je peux. Le premier but de ce livre est bien sur de raconter comment une vie si mal engagée peut être complètement transformée par la rencontre du Christ. Mais le récit de la conversion arrive au 14ème chapitre alors qu’il y en a 31. J’ai voulu aussi partager au lecteur quelques épisodes de la vie d’un prêtre et notamment des épisodes qui concernent cet appel particulier : dans le chapitre « Dieu n’appelle pas les meilleurs », je raconte comment j’ai entendu l’appel, dans « sexe ou pas sexe » , j’explique à Sophie le sens du célibat des prêtres, dans « l’épreuve du cœur », je raconte comment nous ne sommes pas à l’abri d’épreuves et comment elles peuvent nous rendre plus fort, dans « Enfin prêtre », je raconte le moment émouvant de mon ordination, dans le chapitre « troisième mi-temps », je répond à un ami rugbyman qui a peur que le célibat nous rende « malade ». Trois jeunes sont entrés au séminaire suite à la lecture de ce livre et c’est une de mes plus grandes joies !

Votre livre a-t-il été traduit en d’autres langues ?
Bizarrement, le premier pays étranger à l’avoir traduit est la Corée ! Dernièrement, le livre a été aussi traduit en Tchèque. Lors d’une mission que j’ai faite là bas en juillet, ils ont vendu 3000 livres en deux jours ! J’espère que le livre sera traduit en anglais vu le lien qui m’unit au pasteur américain Nicky Cruz qui est à l’origine de ma conversion, en allemand vue le lien avec mon père Gunter, et en italien vu le lien particulier avec Rome et avec les détenus de l’ile d’Elbe dont je parle dans mon dernier chapitre. Mais ça ne peut se réaliser que si des éditeurs étrangers sont demandeurs.

En 2012, vous avez eu un grave accident de moto. Notre site a relayé l’information et il y a eu plus de 6000 visites en quelques jours. Comment allez-vous aujourd’hui ?
J’ai eu en effet la malheureuse idée de revenir à une passion de jeunesse : la moto. Le 15 avril 2012, dimanche de la Miséricorde, j’ai enfourché ma BMW 800 GS et je me suis arrêté aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour y célébrer la messe. L’après-midi, j’ai rejoins un ami motard et nous sommes parti faire une ballade du côté de Salon. Rapidement, la poignée de gaz est devenue devient de plus en plus lourde. J’ai raté un virage et fais un saut de 30 mètres de long sur 6 mètres de haut, passant au-dessus des arbres. Pneumothorax, bras et pied cassés, et surtout bassin fracturé, littéralement coupé en deux, « une disjonction symphysaire et sacro-iliaque gauche en livre ouvert ». Ça aurait pu être pire. Dieu m’a fait Miséricorde.
J’ai passé six mois à l’hôpital dont trois mois avec des barres de fer fixées sur le ventre. Je suis resté immobile sur le dos, avec interdiction de me lever, ou simplement de m’asseoir. À ma sortie, je garde comme séquelles un bassin ressoudé de travers, et le nerf L5 pincé en permanence qui me procure des douleurs plus ou moins fortes le long de la jambe gauche. Cette même jambe supporte tant bien que mal un genou déjà fracassé par un accident précédent.
Je ne peux plus courir, et donc ni jouer au foot ni au rugby. C’est un deuil à faire, mais je fais tout mon possible pour continuer des activités accessibles à ma nouvelle condition physique.
Au cours de cette épreuve, j’ai été très touché par le nombre de personnes qui ont priée pour mon rétablissement. J’ai reçu des centaines de lettres et d’emails de soutien à l’hôpital de la part de gens que je ne connais pas. L’Église est vraiment une grande famille et elle aime ses prêtres !

Pour conclure, parlez-nous de votre ministère aujourd’hui ?

Mon ministère se décline en trois domaines : Je suis d’abord vicaire sur la paroisse étudiante sainte Bernadette. Puis, l’évêque m’a missionné 6 jours par mois pour répondre aux invitations de prédications un peu partout en France et à l’étranger. Enfin, je prépare activement l’ouverture de CapMissio prévue en septembre 2015. Cette école accueillera douze jeunes de 20 à 28 ans, garçons et filles, pour une année complète. Ils recevront une formation humaine, spirituelle et théologique. A l’issue de cette année, ils recevront un certificat d’études théologiques équivalent à une première année de licence. Pendant cette année, ils seront disponibles pour répondre aux différents appels missionnaires sur le diocèse. Quand ils repartiront dans leurs diocèses, ils auront reçu une formation et une expérience qui, nous l’espérons, leur servira toute leur vie. Peut-être que parmi les jeunes lecteurs de France Catholique se trouvent déjà les futurs postulants ?